Port-au-Prince — Alors que la Police nationale d’Haïti intensifie ses opérations et enregistre des avancées significatives contre les groupes armés, un tout autre mouvement semble prendre forme au sommet de l’État. Au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), certaines attitudes, discussions et manœuvres surprennent par leur timing, à seulement quelques semaines du 7 février.
La date du 7 février, censée marquer la fin de la composition actuelle du CPT, est pourtant abordée de manière contrastée. Certains conseillers semblent s’y accrocher comme si elle n’arriverait jamais, d’autres commencent déjà à montrer des signes de nostalgie du pouvoir, comme si la transition leur avait donné des privilèges comparables à un mandat électif. Cette nervosité grandissante s’observe alors que la transition entre dans sa phase la plus sensible, et que la sécurité, pour la première fois depuis longtemps, montre des signes de redressement.
Dans les discussions internes, plusieurs lectures s’opposent. Certains conseillers président estiment que si les élections sont prévues pour le mois d’août, ils ne joueront plus aucun rôle après 7 Février, ce qui alimente des positions défensives, parfois calculatrices. D’autres misent plutôt sur une stratégie de ralentissement : retarder certaines étapes, présenter un calendrier ou produire un échéancier difficilement réalisable tel que fin Avril ou Mai pour repousser les scrutins à une autre date. L’idée, selon certains analystes proches du dossier, serait de créer les conditions d’un allongement implicite du temps passé au pouvoir soi jusqu’au 7 Février 2028.
Une autre perspective circule discrètement : deux conseillers jugent que les élections en août sont plausibles, notamment en raison des contraintes sécuritaires et logistiques. Ils estiment toutefois qu’un report à octobre pourrait offrir davantage de marge pour stabiliser le terrain et neutraliser certains foyers de violence. Selon eux, octobre serait le “mois le plus réaliste”. Cette divergence interne rend le discours du CPT de plus en plus difficile à lire pour la population.
À cela s’ajoute un autre facteur : certains conseillers n’auraient pas obtenu autant de bénéfices politiques ou matériels qu’ils l’espéraient. Dans ces cas-là, les tentatives de recomposition politique peuvent aussi répondre à des intérêts personnels plus qu’à des considérations institutionnelles. Certains observateurs affirment que des efforts seraient faits pour créer de l’instabilité dans le but de forcer des négociations financières avec le Premier ministre ou avec certaines personnalités déjà pressenties pour remplacer le Premier ministre actuel.
Toutes ces dynamiques internes interviennent au moment même où la stabilité gouvernementale est essentielle. Les opérations de la PNH nécessitent une coordination soutenue entre les ministères, les forces de sécurité et les partenaires internationaux. Changer la structure du gouvernement à ce stade, même subtilement, pourrait ralentir certains processus, affaiblir la cohésion institutionnelle et faire planer des doutes sur la capacité du pays à respecter ses engagements électoraux.
La communauté internationale, pour sa part, maintient une position constante : le CPT, tel qu’il existe aujourd’hui, arrive à son terme le 7 février. Toutefois, pour la suite, plusieurs options restent ouvertes, notamment une structure réduite centrée sur un président clairement identifié travaillant avec le Premier ministre, ou un modèle à trois membres — un président non tournant et deux conseillers — pour assurer une sortie ordonnée. L’objectif étant de préserver un minimum de lisibilité institutionnelle pour éviter tout vide de gouvernance.
Dans un contexte où les efforts sécuritaires semblent porter leurs premiers fruits, Haïti ne peut se permettre une transition troublée par des calculs personnels ou des stratégies d’affaiblissement interne. La cohérence et la clarté restent indispensables pour traverser les prochains mois. C’est précisément ce qui rend la question fondamentale : pourquoi le CPT vacillerait-il maintenant, alors que les urgences nationales exigent tout le contraire ?
C’est dans cette optique que les débats au sein du CPT doivent être interprétés : comme une recherche d’alignement, de clarté et de cohérence, afin d’achever la transition dans le respect des échéances annoncées et dans un cadre institutionnel maîtrisé. Toute décision devra donc s’inscrire dans un esprit de continuité, de responsabilité et de respect des engagements envers la nation et la communauté internationale.


