Pendant que le Conseil présidentiel de transition (CPT) s’enlise dans des divergences internes et des discours contradictoires, une autre image, plus institutionnelle, s’est imposée : celle du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, présents aux Académies à l’occasion de la graduation de la 35e promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH).
Alors que le climat politique haïtien reste extrêmement fragile, deux images radicalement opposées se sont imposées ces dernières heures, révélant la profondeur de la crise au sommet de l’État : d’un côté, des discours confus et contradictoires tenus par Edgard Leblanc Fils et Leslie Voltaire autour de l’avenir du gouvernement ; de l’autre, une démonstration d’unité institutionnelle autour de la Police nationale d’Haïti (PNH), lors de la graduation de la 35e promotion, en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, du président du CPT Laurent Saint-Cyr et d’autres conseillers-présidents, tels que Emmanuel Vertilaire et Frinel Joseph.
Dans un pays où chaque mot prononcé au sommet peut déclencher une onde de choc, la comparaison entre ces deux séquences donne une lecture claire du rapport de force en cours : la bataille politique s’intensifie, mais l’État cherche encore à tenir debout.
Des discours qui brouillent davantage une transition déjà illisible
Dans leurs interventions respectives, Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils ont donné l’impression d’avancer sans cap cohérent, au moment même où la transition devrait au contraire produire de la clarté, de la méthode et une direction ferme.
Leslie Voltaire a évoqué une « pause » pour consulter d’autres secteurs politiques et la société civile, annonçant une fenêtre de décision allant jusqu’au 6 février. Une déclaration qui laisse perplexe plus d’un observateur, d’autant qu’elle tranche avec son ton précédent, lorsqu’il affirmait ne pas craindre la pression internationale. Cette volte-face alimente l’idée d’un CPT hésitant, divisé, et incapable de parler d’une seule voix.
Edgard Leblanc Fils, pour sa part, a annoncé que l’arrêté visant à nommer un nouveau Premier ministre serait publié « sous peu » dans Le Moniteur, sans expliquer la procédure, ni les conditions politiques permettant d’y parvenir dans un contexte où la légitimité et l’autorité du CPT sont contestées et où le gouvernement en place continue d’exercer ses fonctions.
Résultat : au lieu de rassurer, ces sorties publiques ont surtout renforcé le sentiment d’improvisation et d’incohérence, comme si la transition se contentait de produire des annonces sans mécanisme clair, ni consensus interne, ni lisibilité institutionnelle.
Une scène de continuité : le gouvernement s’affiche avec la PNH
Pendant ce temps, une autre scène se jouait, plus structurée, plus institutionnelle, et surtout plus compréhensible : la graduation de la 35e promotion de la Police nationale d’Haïti.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le président du CPT Laurent Saint-Cyr, ainsi que d’autres conseillers-présidents, notamment Emmanuel Vertilaire et Frinel Joseph, ont participé à cette cérémonie qui s’inscrit dans un contexte sécuritaire explosif où la PNH demeure l’un des derniers piliers visibles de l’État.
Dans l’opinion, cette présence conjointe a été interprétée comme un signal politique : malgré les tensions au CPT, l’exécutif tente de maintenir une image de continuité, de stabilité, et d’encadrement des forces de sécurité.
Cette séquence a également eu un effet de contraste immédiat : là où les discours politiques semblaient flous, la cérémonie de la PNH renvoyait une image concrète, mesurable et symboliquement forte — celle d’un État qui, au moins sur le plan sécuritaire, veut prouver qu’il agit et qu’il ne cède pas.
L’international impose la continuité, le CPT veut imposer la rupture
Derrière ces deux scènes se cache une bataille plus large : celle du contrôle de la transition et de la direction de l’État.
Alors que certains conseillers-présidents persistent dans l’idée de révoquer le Premier ministre Didier Fils-Aimé, une large partie de la communauté internationale mise sur sa continuité comme condition minimale de stabilité.
Les États-Unis de Donald Trump, le Canada, la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne, selon plusieurs signaux tweets et communiqué, privilégient une logique de maintien : éviter un vide politique, empêcher un effondrement administratif et sécuritaire, et préserver un minimum de continuité gouvernementale pour encadrer la transition.
En face, les conseillers-présidents qui souhaitent un changement de Premier ministre apparaissent engagés dans une logique de rupture, mais sans présenter de plan lisible, ni de procédure crédible, ni de consensus suffisamment solide pour imposer un nouveau chef de gouvernement dans un contexte aussi instable.
Lequel des deux « shows » a réellement pesé ?
Dans cette course au rapport de force, la scène la plus significative semble être celle de la graduation de la 35e promotion de la PNH.
Non pas parce qu’elle règle la crise politique, mais parce qu’elle produit un message immédiatement compréhensible et politiquement utile : l’État continue, les institutions fonctionnent, et l’exécutif s’aligne autour d’un enjeu central — la sécurité.
À l’inverse, les déclarations de Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, perçues comme contradictoires et imprécises, ont davantage ressemblé à une démonstration de faiblesse politique : une transition qui parle beaucoup, mais explique peu, et peine à convaincre qu’elle maîtrise le calendrier, la méthode et l’issue de la crise.
Au final, entre les discours et les actes, entre l’improvisation et l’image institutionnelle, le rapport de force semble basculer vers ceux qui peuvent encore incarner une continuité minimale. Et dans le contexte actuel, la stabilité — même fragile — devient elle-même une arme politique.


