Alors que la crise politique s’intensifie au sommet de l’État, une question revient avec insistance dans les cercles politiques et sur les réseaux sociaux : où sont passés Claude Joseph et Moïse Jean-Charles ? Ces deux leaders, qui faisaient partie des voix les plus insistantes pour pousser le CPT à renvoyer le chef du gouvernement, brillent aujourd’hui par leur silence au moment même où le Conseil présidentiel de transition tente de passer à l’acte, et où la communauté internationale brandit la menace de sanctions majeures contre ceux qui cherchent à fragiliser davantage la transition.
Il y a quelques jours, Claude Joseph et Moïse Jean-Charles occupaient le devant de la scène politique. Ils multipliaient les déclarations, les prises de position, les critiques et les appels à un changement immédiat à la Primature. Ils apparaissaient comme des acteurs déterminants dans la dynamique de confrontation, poussant ouvertement le CPT à agir contre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Mais au-delà de la pression politique, leurs revendications allaient plus loin. Selon des informations concordantes, chacun réclamait des ministères régaliens, des postes stratégiques au cœur de l’appareil d’État.
Moïse Jean-Charles réclamait le ministère de l’Économie et des Finances, l’un des centres névralgiques du pouvoir, ainsi que le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, clé de l’administration territoriale et des rapports avec les collectivités. Il gardera en parallèle le ministère de l’Agriculture.
Claude Joseph, de son côté, réclamait le ministère des Affaires étrangères et des Cultes, un portefeuille stratégique dans le contexte diplomatique actuel, ainsi que le ministère de l’Éducation nationale, considéré comme le ministère disposant du plus gros budget de l’État.
Maintenant, le CPT agit, et les pressions de l’international viennent de toutes parts pour sanctionner les acteurs impliqués, leurs familles et leurs proches. Pourtant, les membres du CPT ne reçoivent aucun soutien public de ces deux compères, devenus alliés conjoncturels depuis un certain temps.
Au moment où le bras de fer atteint un niveau critique, silence radio. Pas une déclaration publique, pas un tweet, pas une intervention médiatique. Pas même une phrase pour dénoncer ce qu’ils dénonçaient encore récemment comme une dérive politique.
Plus étonnant encore, aucun mot pour condamner l’ingérence étrangère, alors même que l’international se montre de plus en plus ferme et annonce des mesures de rétorsion contre les acteurs jugés responsables de la déstabilisation politique. Le contraste est saisissant : quand il fallait pousser à la crise, ils étaient en première ligne ; quand il faut assumer les conséquences, ils disparaissent.
Plusieurs hypothèses circulent. La première est celle de la prudence. Claude Joseph et Moïse Jean-Charles choisissent-ils de se mettre en retrait par crainte des conséquences ? Craignent-ils que l’international, désormais déterminé à frapper fort, n’élargisse le champ des sanctions à ceux qui alimentent la tension politique ? Craignent-ils pour leurs familles, leurs proches, leurs réseaux et leurs soutiens ?
La deuxième hypothèse est celle du calcul politique. Ces deux leaders utilisent-ils certains membres du CPT comme bras exécutant, avant de se retirer au moment où le coût politique devient trop élevé ? Encouragaient-ils la chute du CPT, puis quittent-ils la scène en laissant les conseillers-présidents seuls face à la tempête de l’international ?
Enfin, une troisième lecture, plus inquiétante, s’impose : et si leur silence traduit une stratégie assumée consistant à provoquer l’instabilité, puis à se repositionner dans le chaos, en attendant de récolter les dividendes politiques lorsque les cartes sont rebattues ?
Dans une démocratie, un leader se mesure dans les moments décisifs. Aujourd’hui, alors que le pays se trouve à un tournant dangereux, l’absence de Claude Joseph et de Moïse Jean-Charles soulève une interrogation politique majeure : sont-ils des acteurs de conviction ou des entrepreneurs de crise ?
Le CPT est sous pression. Le Premier ministre est ciblé mais reste en poste. L’international menace. Le pays retient son souffle. Et ceux qui incitaient hier à renverser le gouvernement, tout en exigeant les ministères les plus stratégiques, s’effacent du débat.
Le peuple a le droit de savoir : où sont passés Claude Joseph et Moïse Jean-Charles ? Et surtout : assument-ils encore ce qu’ils ont contribué à déclencher ?


