Politique

Quand les « braqueurs » de la BNC, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles, se découvrent soudain une âme souverainiste et nationaliste : quelle idiotie !

Haïti traverse une séquence politique aussi dangereuse qu’indécente. Alors que le pays lutte contre l’insécurité, l’effondrement économique, la paralysie administrative et l’urgence d’une trajectoire électorale crédible, une partie du Conseil présidentiel de transition (CPT) a choisi d’ajouter une crise à la crise : un projet de résolution visant à renvoyer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Officiellement, on parle de décision légale, de majorité qualifiée, de dialogue national. Mais dans la réalité, ce projet ressemble moins à une solution qu’à une opération de force, une tentative de prise de contrôle exécutif au pire moment.

Au cœur de cette manœuvre, deux figures cristallisent l’exaspération et la colère : Smith Augustin et Louis Gérald Gilles. Ceux-là mêmes qui se présentent aujourd’hui comme des défenseurs de la souveraineté, de la cohérence et de l’autorité de l’État, alors que l’opinion publique les voit plutôt comme des acteurs d’un système de calcul, de marchandage et de prédation politique. Ils parlent d’intérêt national, mais leurs méthodes sentent la manœuvre. Ils parlent de morale, mais ils sèment le désordre. Ils parlent de justice, mais ils poussent le pays vers une instabilité supplémentaire.

Dans un texte au ton professoral, Smith Augustin revendique : « J’ai voté, j’ai signé… Je l’assume pleinement. » Il tente de transformer un acte politique contesté en geste de courage historique. Il se décrit comme auteur, enseignant-chercheur, diplomate, militant des droits humains, jésuite, homme de morale chrétienne et de justice sociale. Tout est soigneusement emballé : le vocabulaire noble, les références à la cohérence, à la jeunesse, au jugement de l’Histoire. Mais derrière cette rhétorique, une question simple s’impose : depuis quand le pays se laisse hypnotiser par des mots, quand les faits, eux, crient le contraire ?

Car dans cette crise, l’essentiel n’est pas seulement un projet de résolution. L’essentiel, c’est l’arrogance politique avec laquelle certains conseillers veulent faire passer un renvoi du Premier ministre comme une formalité, comme si Haïti n’avait pas besoin d’un minimum de stabilité pour affronter les gangs, relancer l’économie, maintenir la chaîne de commandement sécuritaire et préserver une continuité institutionnelle. On peut critiquer un gouvernement, oui. On peut exiger des résultats, bien sûr. Mais vouloir précipiter un changement de Premier ministre à quelques jours du 7 février, dans une transition déjà fragilisée, relève moins de la responsabilité que du sabotage.

Le plus grave, c’est que ces donneurs de leçons se posent en champions de la souveraineté et du nationalisme, comme si ce mot pouvait servir de bouclier à toutes les manœuvres. La souveraineté n’est pas une incantation. Elle ne se brandit pas comme une pancarte quand on veut imposer un coup de force. La souveraineté se mérite par la crédibilité, la moralité, la transparence, le sens de l’État et surtout avoir un main propre. Et quand des conseillers accusés de corruption, contestés ou associés à des scandales — au point que plusieurs secteurs ont crié au scandale pendant des mois et réclamé leur remplacement par des personnalités plus crédibles — viennent soudain parler au nom de la Nation, le pays n’entend plus un discours : il entend une provocation.

Plus grave encore, un rapport de l’ULCC recommande que l’action publique soit mise en mouvement contre eux, et leurs dossiers se retrouvent déjà dans un cabinet d’instruction. Dans ce contexte, leur manœuvre de dernière minute — exigeant d’être traités exclusivement comme des “présidents” et soutenant qu’ils ne seraient justiciables que devant la Haute Cour de justice, comme s’il y avait quelque chose à cacher — ressemble moins à une posture institutionnelle qu’à une stratégie de protection.

D’ailleurs, des accusations lourdes et persistantes entourent certains protagonistes de cette offensive. Selon des dénonciations relayées dans les milieux politiques, Louis Gérald Gilles est régulièrement cité parmi ceux qui auraient transformé les votes institutionnels en véritable marché noir. Des marchandages auraient eu lieu lors de la ratification de ministres ou de la nomination de directeurs généraux, avec des montants qui grimperaient parfois entre 100 000 et 200 000 dollars par vote, selon les intérêts en jeu et le profil des personnes concernées. Et même après l’obtention des postes, ces mêmes réseaux continueraient, dit-on, à exiger des retours financiers des ministres et directeurs placés. Dans le même registre, Smith Augustin vient d’être publiquement accusé d’avoir réclamé au ministre de la Défense 10 millions de gourdes, prélevés sur les fonds dits d’intelligence que le ministère recevrait chaque mois. Ce sont des accusations explosives qui, vraies ou fausses, alimentent un climat de soupçon généralisé et rendent encore plus insupportable la posture moralisatrice adoptée par certains conseillers.

Pendant ce temps, la communauté internationale observe et met tout son poids dans la balance. Les signaux sont clairs : toute décision susceptible d’aggraver l’instabilité, de briser la continuité de l’État ou de compromettre les efforts sécuritaires sera considérée comme une dérive dangereuse. Dans les coulisses, les avertissements se multiplient, et des menaces de sanctions sont évoquées contre ceux qui chercheraient à déstabiliser l’exécutif au lieu de soutenir une trajectoire politique vers la sortie de crise. Ce facteur externe, qu’on le veuille ou non, a changé la dynamique : la manœuvre devient plus risquée, plus coûteuse politiquement, et surtout plus difficile à imposer.

Et c’est là que le récit se fissure. Lors de la conférence de presse du 23 janvier, Leslie Voltaire, le seul, au sein du CPT, à pouvoir encore revendiquer un bilan, a annoncé une pause sur cette résolution afin d’ouvrir un dialogue plus large, en invitant davantage d’acteurs de la classe politique et de la société civile à participer aux discussions. Ce dialogue doit durer jusqu’au 6 février 2026, soit la veille de la fin du mandat du CPT, qui prendra fin le 7 février à minuit.

Dans une Haïti à bout de souffle, la souveraineté ne se prêche pas : elle se prouve. Et quand les braqueurs de la BNC parlent de souveraineté, le pays a le devoir de répondre : assez de mascarades, place à la stabilité, à la continuité et au sérieux d’État.

Desk Report

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