Port-au-Prince — De nouvelles informations circulent dans les milieux politiques haïtiens concernant un plan coordonné visant à imposer Arnoux Descardes comme Premier ministre, avec pour objectif final de fragiliser et éventuellement faire tomber le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Ce mouvement serait piloté par Moïse Jean-Charles et Claude Joseph, rejoints dans l’ombre par d’autres figures influentes telles que Fritz Alphonse Jean et Smith Joseph.
Selon plusieurs sources concordantes, l’objectif serait clair : provoquer la fin anticipée du CPT, avant ou au plus tard le 7 février, afin de replacer le pouvoir exécutif entre les mains d’un groupe restreint d’acteurs politiques cherchant à reprendre le contrôle de l’appareil d’État.
Une redistribution des ministères déjà planifiée ?
Dans le schéma évoqué par ces sources, chaque leader du bloc anti-CPT aurait déjà ciblé les ministères et institutions stratégiques qu’il souhaiterait diriger ou influencer.
Moïse Jean-Charles viserait le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Économie et des Finances, un ensemble qui garantirait une mainmise sur la sécurité, les ressources territoriales, les finances publiques et les leviers d’influence économique.
Claude Joseph, lui, demanderait trois ministères clés :
– le ministère de l’Éducation nationale, le plus gros budget de la République,
– le ministère des Affaires sociales, où il pourrait placer des militants du parti EDE,
– et le ministère des Affaires étrangères, afin de reprendre le contrôle de la diplomatie.
De leur côté, Fritz Alphonse Jean et Smith Joseph seraient associés au plan pour reprendre le contrôle d’institutions extrêmement sensibles : la Douane et la Police nationale d’Haïti, deux appareils permettant d’influencer des flux financiers majeurs et d’accéder à des contrats importants.
Une stratégie qui marginaliserait les autres acteurs politiques
Si ce plan réussissait, il concentrerait le pouvoir entre quelques mains seulement. Les partisans de cette configuration affirment représenter « l’ensemble de la classe politique », mais plusieurs observateurs soulignent qu’il s’agit surtout d’un cercle fermé cherchant à imposer une transition parallèle.
La mécanique interne de ce projet impliquerait aussi la mise à l’écart progressive de plusieurs membres clés du CPT et de la coalition du 21 décembre.
Claude Joseph pousserait discrètement son propre représentant, Smith Augustin, vers la sortie. Moïse Jean-Charles, de son côté, chercherait à neutraliser Emmanuel Vertilaire, qu’il n’a jamais véritablement laissé émerger politiquement. Louis Gérald Gilles, représentant du 21 décembre, serait également visé par ce mouvement de déstabilisation.
Les contradictions et les dilemmes politiques
Un élément surprend une partie de la classe politique : voir des figures comme Smith Augustin, Louis Gérald Gilles ou même Emmanuel Vertilaire tomber dans ce jeu de pression orchestré par leurs adversaires naturels, dont l’un des plus actifs, Fritz Jean, n’a jamais caché son souhait de les voir démissionner du CPT.
La récurrence des appels de Claude Joseph demandant publiquement le retrait de Smith Augustin interroge. Tout comme l’attitude de Moïse Jean-Charles, qui n’a jamais offert un véritable espace politique à Vertilaire, considéré comme un concurrent interne. Pourquoi Smith croirait aujourd’hui que Claude Joseph lui laisserait un jour en plus après 7 février?
Une bataille politique à ciel ouvert
En toile de fond, cette opération viserait à remodeler entièrement la configuration de la transition, en remplaçant le CPT par un exécutif resserré autour d’un Premier ministre unique, affranchi des contre-pouvoirs actuels. Cela ouvrirait la voie à une organisation des élections sous la supervision directe du groupe menant cette offensive.
Reste à savoir si cette stratégie pourra réellement s’imposer dans un paysage politique déjà fragmenté, où les intérêts, les rivalités et les ambitions personnelles rendent chaque alliance fragile et chaque mouvement imprévisible.


