Le 7 février 2026 devait être une date solennelle. Un instant de recueillement institutionnel. Il a aussi été, pour une grande partie de l’opinion, un moment d’indignation.
Après un bilan que nul ne peut qualifier de léger – 16 000 morts, 1,5 million de déplacés, des milliers de viols signalés dans un contexte d’effondrement sécuritaire, le Conseil Présidentiel de Transition quitte la scène. Mais au lieu de la sobriété qu’impose une telle réalité, une image s’impose : des bouquets de fleurs remis aux membres du CPT par le Secrétariat Général de la Présidence.
Le geste interpelle. Que symbolisent ces fleurs ? Une reconnaissance ? Une gratitude institutionnelle ? Un hommage ? Dans un pays encore marqué par les deuils, les exils forcés et les cicatrices invisibles, cette scène donne le sentiment d’un décalage presque brutal entre le protocole et la douleur collective.
Le CPT avait été traversé par des accusations persistantes de corruption, de pots-de-vin, de clientélisme. Une structure lourde, coûteuse, financée par des contribuables déjà asphyxiés, dans un contexte où chaque dollar public aurait dû être orienté vers la sécurité, la justice et les services essentiels. Des millions engagés sans résultats proportionnels aux attentes d’un pays en crise.
Au moment de leur entrée en fonction, certains observateurs avaient évoqué deux chemins possibles à la fin de leur mandat : le Panthéon pour avoir redressé la nation, ou les pages sombres de l’histoire pour avoir contribué à son affaissement. L’histoire, elle, ne s’écrit pas en cérémonies, mais en conséquences. Et le contraste entre les bouquets et le bilan pose une question lourde : que célèbre-t-on exactement ?
On ne quitte pas une transition marquée par le sang et les déplacements massifs en brandissant des fleurs comme un symbole d’achèvement honorable. On ne referme pas une période aussi douloureuse par un geste protocolaire sans que cela ne heurte une partie de la conscience collective.
Le Secrétariat Général de la Présidence, en offrant ces bouquets, a voulu sans doute marquer la clôture institutionnelle d’un mandat. Mais dans l’espace public, l’image prend une autre dimension. Elle devient symbole. Elle devient message. Et ce message, pour beaucoup, sonne comme une discordance.
La fin du CPT n’est pas une fête. Elle est un constat. Un pays meurtri regarde partir ceux qui ont exercé le pouvoir pendant vingt-deux mois. Il ne demande ni fleurs ni applaudissements. Il demande des réponses.
L’histoire, elle, ne distribue ni bouquets ni indulgences. Elle retient les actes, les décisions, les résultats. Et elle place chacun face à ce qu’il laisse derrière lui. L’histoire retiendra les chiffres, les décisions, les silences. Les bouquets, eux, faneront.


